Toutes sortes de notes inscrites à la hâte dans des carnets à spirales. Pages arrachées quand trop illisibles, recopiées ou carrément réécrites par dessus l'encre,en formant plus lentement les lettres. Sorte de palimpseste remis au goût du lire. Ecriture gauchère depuis l'enfance. La main qui se contorsionne pour voir la trace qu'elle laisse en dessous...Toujours la honte du résultat qui n'est jamais ce qu'on voudrait. Brouillons, papier froissé,on recommence, on abandonne, la vie n'est pas là. Mais on insiste, l'achat de carnets comme un rituel, pour soi et pour ceux qu'on aime. Plaisir du papier, des textures, des encres et de la liberté de mouvement sur la petite page accrochée à son arbre,sa fine spirale de métal. Les petits carreaux pour géométriser l'alphabet, dessiner des damiers, des espaces expansifs. Des lignes pour tracer des sillons réguliers, empêcher la charrue mentale de labourer de traviole et tenter d'imiter le travail de la terre. Des pages blanches pour prendre le large, oser le dessin spontané, la recherche de l'unique empreinte de passage, marquant l'instant présent. Et cette incommensurable joie de savoir ajuster une phrase ancienne, elle qui ne demandait même pas l'asile : ces enfants qui disaient avoir peur de rouiller au bas des grands immeubles... Et que je retrouve au lever à bord d'un carnet marron. Le début d'une histoire qui me parle en sourdine. Un chantier d'écriture qui est ouvert depuis longtemps.

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